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2012-04-25T15:27:00+02:00

L'heure du coucher

Posted by Mister Papounet

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Aujourd’hui, un billet un peu particulier car un invité spécial nous a fait l’honneur de sa présence sur le blog. C’est en effet ni plus ni moins que Mister Papounet qui a pris sa plus belle plume pour nous livrer son analyse sur un sujet qui lui tient particulièrement à coeur : L’heure du coucher du Tichou.

 

L’heure du coucher, c’est un peu le summum de la vie de merde que tes enfants peuvent te faire vivre. Le point culminant de l’envie de se balancer par la fenêtre,  une corde nouée autour du cou, une petite cuillère rouillée plantée dans la jugulaire. Si minuit est l’heure du crime, 20h30 est indubitablement l’heure de la tentative de suicide parental.

 

Tout commence, comme d’habitude, dans la tendresse, le regard aimant et la voix douce du Parent bienveillant : « ♫ Tichou, mon chéri, il est l’heure d’aller se coucher maintenant… ♫». Une phrase anodine pourtant, emplie de pure gentillesse, qui en temps normal ne devrait pas porter à conséquence… Et pourtant. Malheureux(se),  que viens-tu de dire là ? T’as qu’à proposer à Jack l’Eventreur de te faire des guili-guilis sur le ventre aussi, pendant que t’y es. L’heure d’aller se coucher… ne sais-tu pas, mon bon ami, que c’est un sujet tabou chez les enfants ? Mais bon, ok, c’est toi qui vois : tu l’as voulu… tu l’auras.

 

 Première réponse du Tichou à la proposition d’aller sagement se coucher : « Non ».

Voilà, donc dés le départ ça a le mérite d’être clair,  c’est pas comme s’il te prenait en traître, il veut pas se coucher. Bah oui, tu parles, c’est tellement plus marrant de grimper sur papa qui est allongé sur le canapé, puis de se balancer en l’air, tête la première, sur le carrelage…

Tu insistes, mi-par question de principe parce que c’est quand même toi le parent et que tu as décidé, mi-parce que y’a déjà ton chef au boulot que t’as eu envie de tuer toute la journée, et que tu sens venir le même genre de pulsion meurtrière si ton enfant continue à appuyer sur le bouton « OFF » de la télé toutes les 15 secondes, pendant que t’essaies de suivre le journal. Tu insistes, donc : « Tichou, il est l’heure d’aller se coucher … » *voix un peu plus sèche et autoritaire*. «Non».

 
Alors, là, bon, le temps d’apprécier néanmoins toute la cohérence dans sa logique de refus, tu te dis qu’il y a dans ce cas deux options :

Option n°1 : T’es un Parent qu’en a rien à foutre.
Tu n’insistes pas, et tu l’invites au contraire à s’installer confortablement sur le canap’ pour goûter à la beuh coupée à l’héroïne que t’avais commandée la semaine dernière sur internet, tout en sirotant un peu de whisky on the rocks devant la soirée catch féminin sur W9.
Avantage : vu comment elle tabasse la beuh, il devrait être endormi pour la coupure pub.
Inconvénient : les Services Sociaux vont encore débarquer chez toi.

Option n°2 : T’es un Parent avec un minimum de morale
Tu fracasses doucettement ton crâne contre le mur du salon, tu souffles un grand coup, et tu te rappelles à quel point tu l’aimes. Ensuite, quelques petits étirements, et tu te mets en condition psychologique pour commencer le combat.
Avantage : Euuhhh… bennnn… je sais pas… un truc du genre : « la morale est sauve» ?
Inconvénient : Déjà que les couches coûtent cher, mais si en plus il faut un vrai budget enduit pour reboucher les trous dans le mur du salon, financièrement on va finir par ne plus pouvoir s’en sortir.

 

L’option n°1, bien que très tentante, n’étant pas vraiment viable, c’est donc l’option n°2 qui s’impose. Vous ne vouliez pas en arriver là, mais vous n’avez pas le choix : Que le combat commence !

A ma gauche : Le Parent, environ 30 ans, des cernes jusqu’au menton et des yeux de couleur injectés de sang à force d’être sur les nerfs. Il est pas là pour rigoler, son but est que le Tichou s’endorme en moins de 30 minutes pour pouvoir aller faire des choses peu avouables avec l’autre Parent, comme par exemple faire la vaisselle, ou préparer les purées du Tichou du lendemain (le Parent étant vraiment un gros pervers irrécupérable)
A ma droite : Le Tichou, environ 2 ans, ne mesure même pas 1 mètre mais il a déjà retourné l’appart’ comme si un troupeau d’éléphant sous ecsta venait de passer prendre l’apéro. Lui, il est carrément là pour rigoler, surtout quand il voit le Parent devenir tout rouge et gueuler comme un âne qu’on égorge, il trouve que c’est trop l’éclate.

 

C’est généralement le Parent qui rentre le premier dans l’arène et lance les hostilités. Usant de fourberie pour commencer , il tente une première attaque comme par exemple éteindre la télé et la lumière du salon, pour se diriger vers la chambre en espérant que le Tichou le suive. Il arrive ainsi dans la chambre du Tichou qui… ne l’a pas suivi, évidemment, préférant rester seul dans le noir dans le salon. Un fort sentiment de solitude envahit alors généralement le parent qui lui aussi se retrouve seul, dans le noir, comme un con (oui, on peut le dire) dans la chambre du Tichou. Ne se laissant pas démonter, il continue ensuite sur sa lancée en revenant chercher le Tichou dans le salon, pour l’accompagner en lui tenant la main. Le Tichou contre-attaque alors par la technique dite du « Et si je demandais quelque chose, histoire de gagner du temps ?». Selon son degré de ruse, il va alors soit faire une demande  justifiée comme « la tétine » ou « le doudou », soit potentiellement faire une première erreur en faisant une demande illégitime comme « le toboggan » ou « du jambon ». Dans le premier cas, il aura alors gagner un temps précieux, dans le deuxième, il se mettra alors en situation de faiblesse, que ne manquera pas d’exploiter le Parent.

 
Ce début de  combat est très important, comme on le verra, il conditionnera toute la suite.

Arrivés de manière conjointe dans la chambre du Tichou, c’est alors celui qui a l’avantage psychologique (selon le résultat de la technique dite du « Et si je demandais quelquechose, histoire de gagner du temps ?», vous avez suivi) qui prend l’initiative. Si c’est le Parent qui se retrouve fébrile, le Tichou en profite instantanément en refusant de monter dans son lit. Technique audacieuse, mais qui fait son effet  : le Parent, aprés avoir déjà fait une faute, ne peut décemment user de sa supériorité physique dés le départ, rongé qu’il est par le remord. S’ensuit une période de flottement appelée « Période de désespérance profonde », durant laquelle le Parent à déjà envie de chialer parce qu’il sent que ça va être long.

Dans le cas contraire, le Tichou accepte de rejoindre sa couche, et le Parent le félicite, prenant ainsi l’ascendant et se placant dans le rôle de l’Etre Supérieur Détenteur de la Parole Divine et qui a Raison (ou ESDPDR, comme nous le nommerons ci-aprés). L’ESDPDR peut alors prendre le temps de jauger la situation, cequi n’est certes pas un gage de réussite, mais qui moralement lui fait déjà du bien.

Quel que soit le cas, il est de toute façon inenvisageable de quitter la chambre en se contentant d’un simple « Allez tchô, bonne nuit mon gros ! ». En effet, le Tichou n’ayant de base pas envie de dormir, il vous ferait payer ce mouvement précipité par moults cris et autres hurlements insupportables. Il va ainsi falloir divertir le Tichou afin qu’il accepte sa condition.

 

Pour le cas où il ne veut pas monter dans son lit, la solution la plus efficace reste de le pousser gentiment en lui expliquant que maintenant il est l’heure de faire dodo, qu’il est déjà tard, et que c’est important d’être bien reposé pour la journée de demain. Le Tichou va logiquement rechigner, ne sachant même pas ce que veut dire ni «demain » ni « reposé », ce qui vaudra au Parent d’user de sa supériorité physique en le prenant par la peau des fesses pour le mettre sous la couette. Solution peu élégante, mais salvatrice pour la santé mentale du Parent. Une très forte probabilité de chouinage est alors à envisager. S’il accepte de monter dans son lit, on se sera au  moins épargné cette phase dechouinage.

 

En temps qu’ESDPDR, vous lui proposez alors de lire une histoire, ou de chanter une chanson, au prétexte que c’est bien. L’erreur systématiquement commise ici, c’est d’oublier que ce qui est bien dans l’esprit du Tichou, c’est plutôt de grimper sur papa pour se balancer tête la première sur le carrelage. Cela dit, le Tichou accepte généralement cette proposition car cela lui permet de ne pas avoir à faire dodo immédiatement. S’ensuit alors le répertoire de chansons habituelles comme « Fais dodo, Colas mon petit frère », « Pirouette Cacahuéte », ou « La bite à Dudulle » (on s’en fout, il comprend pas les paroles de toute façon). Suivi de la littérature usuelle
comme « Winnie et le Pot de Miel », « Popi à la plage » ou encore la biographie de Zinédine Zidane.

 

Une fois arrivé là, soit vous vous êtes fait respecter en temps qu’ESDPDR et s’offre à vous la possibilité de passer à l’étape suivante du « Bisous puis cassos », soit vous êtes friable et vous devrez vous coltiner une deuxième, puis une troisième, puis une éventuelle quatrième répétition du répertoire lyrique et littéraire. C’est là que la bonne maitrise du début de combat sera cruciale, parce qu’il ne faut pas oublier que pendant ce temps-là, votre programme télé que vous vouliez absolument regarder ce soir a déjà commencé.

 

Ensuite, ce qu’il faut garder en tête,  c’est que la première tentative d’évasion de la chambre du Tichou n’est, sauf miracle, jamais la bonne. Le Tichou n’est pas stupide, il sait parfaitement que, contrairement à ce que vous venez de lui dire, vous n’allez pas le laisser pour aller faire dodo vous aussi. Il le sait que vous allez profiter de sa fatigue pour mater la télé affalé dans le canapé, ou faire les cochonneries sus-citées avec l’autre Parent. Il va donc commencer à vous faire royalement péter un câble.

Ici, la panoplie du Tichou n’a de limites que les frontières de votre patience. Pipi dans la couche, tétine tombée sous le lit, envie subite de Vache-qui-Rit, ne sont que quelques exemples parmi l’infinité de possibilité qu’a le Tichou pour vous faire comprendre que, définitivement, il ne vous laissera pas tranquille tant qu’il ne tombera pas complétement mort de fatigue. Aprés plusieurs remontrances, l’envie sera grande de retourner à l’option n°1 du départ. Mais vous vous acharnerez, encore et encore, à le reconduire dans son lit, tel un Sisyphe des temps modernes.

 

Finalement, car la nature est bien faite, quoi qu’il en soit le Tichou ira de lui-même dans son lit et tombera de sommeil à peu prés une heure voire une heure trente aprés que vous ayez initié le combat. Et vous le regarderez alors dormir, poings fermés, et vous trouverez qu’il est le plus mignon des petits enfants. Et tout  ça ne sera pas très grave, surtout que la télé, finalement, c’est pas très intéressant.

 

 

 

Crédit photo : Naître et Grandir

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